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France : la grande asphyxie des commerçants et e-commerçants

Pour comprendre la crise silencieuse qui traverse aujourd’hui les commerces, les restaurants et l’e-commerce indépendants, il faut regarder au-delà des vitrines fermées et des rideaux tirés. Il faut se pencher sur une mécanique beaucoup plus profonde : celle d’un pays où les charges, les taxes, les normes et les obligations écologiques ont fini par étouffer ceux qui incarnaient autrefois la vitalité économique française.

Depuis cinq ans, la France connaît une vague ininterrompue de défaillances d’entreprises. Dans les statistiques brutes, on y voit un simple cycle économique.

Dans les rues, c’est une autre histoire : des commerces qui ferment, des restaurants qui ne remplissent plus leurs salles, des e-commerçants qui abandonnent leur activité, étranglés par des coûts devenus ingérables.

La situation n’est pas conjoncturelle : elle est structurelle.

L’étau fiscal et social

Un restaurateur résume souvent la situation en une phrase :

« Je travaille pour payer mes charges, pas pour vivre. »

Le constat est brutal mais exact :

• hausse continue des charges URSSAF,

• cotisations sociales parmi les plus élevées d’Europe,

• taxe foncière en explosion dans la plupart des villes,

• CFE recalculée avec des bases en hausse automatique,

• électricité multipliée par deux ou trois selon les contrats,

• assurances professionnelles qui revoient leurs tarifs à la hausse,

• inflation sur les matières premières sans baisse en vue.

Pour beaucoup d’entrepreneurs, la marge nette s’est réduite à quelques pourcents — quand elle n’est pas devenue négative.

Un restaurateur paie plus de 30 €/h pour un salarié au SMIC avec les charges.

Un commerçant indépendant consacre parfois plus d’un tiers de son chiffre d’affaires à des obligations administratives, fiscales et sociales avant même d’avoir payé son stock, son loyer ou son énergie.

Un e-commerçant doit jongler avec : TVA, CFE, URSSAF, RSI, Douanes, normes sur les retours, éco-taxes sur les emballages, contribution sur les déchets, et désormais taxes « numériques » ou « carbone » selon les produits vendus.

Le terrain est miné.

Le cas des e-commerçants : une complexité quasi punitive

L’e-commerce indépendant aurait pu être l’espoir de milliers d’entrepreneurs. Une alternative moderne au commerce traditionnel, un moyen d’exporter facilement, de réduire les charges fixes. Ce fut le cas dans d’autres pays.

En France, non.

Avec l’introduction de la TVA IOSS, de nouvelles obligations sur le conditionnement, de l’éco-contribution sur les emballages, de la REP (Responsabilité Élargie du Producteur) appliquée même aux très petites boutiques, et des contraintes logistiques toujours plus lourdes, l’e-commerce indépendant est devenu une activité à haut risque administratif.

Chaque colis devient un obstacle :

• Eco-taxe CITEO,

• Déclaration des emballages,

• Contribution au recyclage,

• TVA variable selon le pays,

• Franchises douanières supprimées,

• Accès difficile aux transporteurs sans volumes massifs,

• Tarifs de La Poste qui augmentent périodiquement.

Pendant ce temps, les plateformes étrangères bénéficient d’une logistique industrialisée, de fiscalités plus souples et d’exonérations dont les indépendants français ne profitent jamais.

Résultat : les petits ferment, les géants prospèrent.

Les restaurants : un secteur sacrifié

La restauration souffre plus que tout autre secteur.

Les coûts alimentaires ont explosé : +35% sur le beurre, +40% sur les viandes, +30% sur les huiles, avec des prix qui ne redescendent pas malgré la stabilisation mondiale.

L’énergie a suivi : certains établissements paient désormais trois fois leur ancienne facture.

Les livreurs, eux, prélèvent parfois jusqu’à 30% sur chaque commande.

Face à cela, le pouvoir d’achat des Français chute.

Moins de sorties, moins de repas, moins de consommation.

Un restaurateur ne peut pas survivre si sa salle est remplie quatre soirs par semaine au lieu de six.

Et les normes continues — sanitaires, écologiques, énergétiques — s’ajoutent aux difficultés, avec un coût réel et immédiat.

L’effet ciseau sur la consommation

La baisse du pouvoir d’achat n’est plus un débat : c’est un fait.

Entre les taxes locales, la hausse du carburant, des assurances, de l’alimentation, de l’électricité, les ménages arbitrent. Et ils arbitrent contre :

• le restaurant,

• le commerce indépendant,

• l’achat non essentiel,

• la dépense plaisir,

• la boutique en ligne.

La spirale est simple :

moins de clients → moins de chiffre → charges identiques → faillites.

Pendant ce temps, l’argent public s’évapore

Ce qui scandalise aujourd’hui les entrepreneurs, commerçants et indépendants, c’est ce paradoxe :

tout augmente pour eux, mais rien ne s’améliore autour d’eux.

Où va l’argent ?

Les rapports de la Cour des comptes, année après année, racontent la même histoire :

• des ministères qui ne réforment pas leurs services,

• des agences publiques en doublon,

• des structures qui se superposent aux collectivités locales,

• des programmes écologiques coûteux et inefficaces,

• des milliards dépensés en consultants externes,

• des projets informatiques qui explosent les budgets et n’aboutissent pas.

Certaines dérives sont devenues emblématiques :

— SIRHEN (Éducation nationale) : près de 400 millions d’euros, projet abandonné.

— Des centaines d’agences et de comités dont la mission réelle reste floue.

— Des investissements écologiques mal calibrés, où l’argent public finance parfois des technologies déjà obsolètes.

— Un millefeuille administratif unique au monde : commune, intercommunalité, département, région, État, chacun avec ses services, ses salariés, ses missions et ses budgets.

Pendant que les entrepreneurs se battent pour survivre, l’État continue de dépenser comme si la richesse était infinie.

Un modèle déséquilibré

La France repose sur un équilibre fragile : une population active réduite, un État très vaste, et un système de redistribution qui dépend presque entièrement des petites entreprises, des commerces de proximité et des indépendants.

Ce sont eux qui :

• créent l’emploi de proximité,

• paient leurs charges sans optimisation,

• financent l’essentiel de la protection sociale,

• occupent les centres-villes,

• maintiennent la vie locale.

Mais ce sont eux qui subissent le traitement le plus dur.

Dans d’autres pays, l’État prend soin de ceux qui produisent.

En France, l’État attend d’eux qu’ils financent son propre immobilisme.

La France peut-elle rebondir ?

La situation n’est pas irrémédiable, mais elle exige un virage que le pays n’a pas osé prendre depuis plusieurs décennies :

• simplifier réellement les normes,

• stabiliser les règles fiscales,

• alléger les charges sur les petites entreprises,

• contrôler l’efficacité de chaque euro dépensé par l’État,

• recentrer l’action publique sur les missions essentielles.

Il ne s’agit pas de moins d’État, mais de mieux d’État.

Un État qui accompagne, plutôt qu’un État qui pénalise.

En attendant, les commerces ferment, les e-commerçants cessent leur activité, les restaurants s’éteignent.

À force de pressuriser l’économie réelle, la France risque de se réveiller dans un paysage où seuls survivront les franchises, les multinationales et les plateformes internationales.

Le tissu économique qui faisait la richesse du pays — les indépendants, les artisans, les commerçants — s’effrite.

Et lorsqu’un tissu se déchire, il ne se reconstruit jamais totalement.


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