La fin de la route libre : quand l’État met les motards en cage

C’était une liberté, presque une respiration dans un pays saturé de contraintes. Le deux-roues permettait d’échapper aux bouchons, aux taxes, aux lourdeurs d’une réglementation conçue pour l’automobile. Mais tout cela est terminé. Dans une décision qui surprend autant qu’elle indigne, le gouvernement a décidé d’aligner les motos et scooters sur les voitures. Contrôle technique obligatoire, interdiction de l’inter-files, stationnement et circulation réglementés comme pour un SUV. L’esprit du deux-roues est sacrifié sur l’autel de la bureaucratie et de l’obsession verte.

Contrôle technique : la pompe à fric déguisée en sécurité

Depuis avril 2024, les motards doivent se plier au contrôle technique obligatoire tous les trois ans. Un dispositif imposé par Bruxelles, mais appliqué en France avec une ferveur toute particulière. Officiellement, il s’agit de sécurité. En réalité, chacun sait que la sécurité routière n’a jamais été le problème principal des motos : l’immense majorité des accidents relève du comportement (vitesse, inattention des automobilistes, défaut d’infrastructure), pas d’un problème mécanique.

Ce contrôle technique n’apporte donc rien, sinon une nouvelle rente pour des centres déjà saturés et une taxe de plus pour les motards. Derrière le discours rassurant, l’État organise un prélèvement régulier sur une population qui avait jusqu’ici échappé au racket institutionnalisé du contrôle technique auto.

Fin de l’inter-files : retour aux bouchons

L’inter-files, toléré depuis 2021, représentait une soupape essentielle. Pour les motards, il s’agissait de fluidifier le trafic et de diminuer les embouteillages. Pour les automobilistes, c’était un mal nécessaire, une manière d’éviter que les deux-roues ne s’agglutinent derrière eux. Mais voilà : l’État a décidé que cette pratique, pourtant éprouvée et encadrée, devait disparaître. Depuis le 1er janvier 2025, doubler entre les files est sanctionné d’une amende de 135 € et d’un retrait de 3 points.

Résultat : des bouchons plus longs, des temps de trajet rallongés, et une frustration grandissante. Comme souvent, le pouvoir confond uniformité et sécurité. Au lieu d’adapter la règle à la réalité, il impose une rigidité absurde qui ne fera qu’aggraver les tensions sur la route.

Harmonisation des règles : la fin de la spécificité motarde

Le message est clair : désormais, les motos et scooters sont des voitures comme les autres. Stationnement payant systématique, interdiction de circuler dans certaines zones, interdiction de dépassement hors cadres stricts… La spécificité du deux-roues est niée.

Le paradoxe est immense : d’un côté, on vante la mobilité douce, la nécessité de désengorger les centres-villes, de l’autre on décourage ceux qui choisissent un véhicule moins encombrant, plus mobile, souvent moins polluant qu’une voiture. La logique écologique, censée favoriser tout ce qui réduit les embouteillages, est ici bafouée. Mais l’idéologie prime : mieux vaut contraindre tout le monde de la même manière, quitte à étouffer une solution pourtant pragmatique.

La dictature verte en embuscade

Cette réforme ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans une cohérence glaçante : celle de la dictature verte. Après les éoliennes subventionnées, les écotaxes, la chasse aux voitures thermiques, voilà que les deux-roues sont pris pour cible.

Sous couvert de “sécurité” et de “justice écologique”, on impose aux motards les mêmes carcans qu’aux automobilistes. Demain, il faudra sans doute payer des écotaxes spécifiques, ou se voir interdire de circuler dans certaines zones à faibles émissions. Les classes populaires, qui utilisaient scooters et motos comme alternative économique à la voiture, seront les premières frappées.

Derrière le discours, la logique est limpide : plus de contraintes, plus de taxes, moins de liberté. Et toujours la même justification verte, alors même que la France est déjà l’un des pays les plus décarbonés du monde grâce à son nucléaire.

Un symbole de plus du décalage entre l’État et le réel

Au fond, cette loi n’est qu’un épisode supplémentaire de l’histoire sans fin qui mine la Ve République. D’un côté, un pouvoir obsédé par l’image, qui aligne les règles et multiplie les contraintes comme s’il suffisait d’un décret pour changer la société. De l’autre, des citoyens qui voient leur quotidien alourdi, leurs marges de liberté réduites, leur porte-monnaie allégé.

Les motards n’étaient pas un problème. Ils représentaient même une partie de la solution : moins d’embouteillages, moins de temps perdu, moins de stress dans les villes. Mais la machine réglementaire, une fois lancée, ne connaît pas le pragmatisme. Elle uniformise, elle nivelle, elle impose. Et tant pis si la réalité est abîmée au passage.

Le risque d’une colère motarde

On l’a vu avec les gilets jaunes : la voiture touche au cœur des libertés quotidiennes. Les deux-roues, pour leurs usagers, relèvent du même symbole. C’est la liberté de circuler, d’aller vite, de contourner les obstacles. En s’attaquant à cet imaginaire, le gouvernement prend un risque politique majeur. Car les motards n’ont jamais été une catégorie docile. Ils sont organisés, visibles, bruyants.

Ce n’est peut-être pas un hasard si, dès l’annonce, les fédérations motardes ont promis la mobilisation. Après les automobilistes matraqués par les ZFE, voici les motards bâillonnés par la bureaucratie verte. La contestation enfle, et elle pourrait bien s’agréger à d’autres colères sociales.


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