La guerre contre la voiture est aussi une guerre contre les commerces

Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Strasbourg… Partout en France, les centres-villes se vident. Rideaux baissés, vitrines en jachère, rues désertées à 18h. Mais ce déclin n’est pas une fatalité économique. Il est le fruit d’un choix politique : celui de déclarer la guerre à la voiture, coûte que coûte. Au nom du climat, les métropoles imposent des restrictions absurdes qui étranglent non seulement les automobilistes, mais surtout les commerçants. Ceux-là mêmes qui faisaient vivre les cœurs de ville, bien avant que les écolos-bobos n’en fassent des zones expérimentales pour vélos subventionnés et terrasses aseptisées.

Le récit officiel est bien rôdé : “réduction des émissions”, “reconquête de l’espace public”, “ville apaisée”, “transition douce”. Mais la réalité, elle, est brutale. Les plans de circulation anti-voiture ne sont ni doux, ni apaisés. Ils sont punitifs, rigides, brutaux. Et les premières victimes ne sont pas les SUV en double file. Ce sont les artisans, les boulangers, les coiffeurs, les libraires, les vendeurs de chaussures, les restaurateurs. Ceux pour qui chaque client compte. Et qui voient leurs revenus chuter à mesure que les rues deviennent inaccessibles.

Les ZFE (Zones à Faibles Émissions), les interdictions de circulation, les suppressions de parkings, les sens interdits incompréhensibles, les zones piétonnes extensibles à l’infini : tout concourt à rendre les centres urbains invivables pour les clients venus de la périphérie, des petites communes, ou tout simplement ceux qui travaillent et veulent faire leurs courses en rentrant. Résultat : les clients ne viennent plus. Ou plutôt, ils vont ailleurs. En périphérie. En zone commerciale. Sur Amazon.

Les commerçants le disent. Mais personne ne les écoute. À Toulouse, un glacier historique a dû fermer sa boutique du centre. “Les clients ne trouvent plus de place, ils renoncent”, expliquait-il. À Grenoble, plusieurs boutiques ont baissé le rideau à cause des fermetures de rues soudaines. À Paris, dans le XIe, de nombreux restaurateurs dénoncent la baisse de fréquentation due à la disparition du stationnement. La mairie leur rétorque que “les chiffres globaux restent stables”. Mais quel chiffre global peut consoler un libraire indépendant qui perd 30% de son chiffre d’affaires ?

Le discours dominant explique que les zones piétonnes “revitalisent” les centres-villes. C’est parfois vrai, à condition qu’elles soient pensées avec les commerçants, qu’elles soient desservies par des transports efficaces, et qu’elles offrent de vraies alternatives au stationnement. Mais dans la majorité des cas, les décisions sont prises contre les acteurs économiques. Sans concertation. Avec un dogmatisme aveugle.

Et le plus ironique, c’est que cette politique se fait au nom du climat… sans effet mesurable. La France émet 0,9 % des émissions mondiales de CO₂. Et le parc automobile français devient chaque année plus propre, grâce aux normes Euro successives. En supprimant la circulation dans certaines rues, que gagne-t-on vraiment ? Quelques microgrammes de particules ? Des photos Instagram de “rues libérées” qui masquent la faillite des petits commerces ?

Pendant ce temps, les livreurs continuent à rouler — en camionnettes diesel. Les VTC tournent en rond pour contourner les plans de circulation absurdes. Les parkings se transforment en friches. Et les clients qui ont les moyens s’équipent de vélos électriques à 3000 euros, payés en partie par vos impôts. La fracture sociale n’est jamais loin. Ceux qui vivent en centre-ville, dans des logements chers, continuent à consommer. Les autres, ceux qui vivent à 30 minutes ou plus, sont exclus. Injustement. Silencieusement.

Les élus écologistes parlent d’une “ville du quart d’heure”. Mais leur politique crée des villes du quart de ruine. Des centres où l’on ne vit plus, où l’on ne travaille plus, où l’on ne vient plus. Et tout cela au profit d’un idéal urbain fantasmé, copié sur Amsterdam ou Copenhague, sans se demander si nos villes françaises, avec leurs banlieues étendues et leurs tissus économiques fragiles, peuvent réellement suivre ce modèle.

Le problème, c’est que la voiture, dans la vie réelle, sert encore à quelque chose. Elle sert à déposer les enfants à l’école. À transporter des sacs de courses. À aller chez le médecin. À se rendre chez sa grand-mère. À faire trois magasins pour comparer. À livrer des outils. À venir en ville le samedi pour acheter une robe et prendre un café. Interdire la voiture, c’est interdire tout cela. C’est désinciter à vivre la ville.

Et que dire des artisans ? Plombiers, électriciens, menuisiers, livreurs… Ils ne peuvent pas travailler à vélo cargo. Ils ne peuvent pas faire trois chantiers par jour en tramway. Et pourtant, ils sont pénalisés, taxés, rejetés. À Paris, les tarifs de stationnement pro atteignent des sommets dissuasifs. À Lyon, les zones interdites s’étendent chaque trimestre. À Bordeaux, c’est un véritable jeu de piste pour accéder à certains quartiers. Quel signal envoie-t-on aux travailleurs indépendants ? “Circulez, vous gênez.”

Alors oui, certains élus vous diront que “la fréquentation piétonne augmente”. Mais la fréquentation ne veut pas dire consommation. Un touriste à trottinette ne remplace pas un client fidèle venu en voiture. Un étudiant qui flâne ne compense pas une famille venue acheter pour 200 euros de produits en une seule visite. Les chiffres de passage, sans les chiffres de vente, sont une manipulation.

Il faut le dire sans détour : la guerre contre la voiture est une guerre contre la liberté de mouvement. Et par ricochet, une guerre contre l’économie de proximité. Une ville où l’on ne peut plus venir simplement, spontanément, avec sa voiture, est une ville où l’on ne vient plus du tout. Ou alors, on y vient pour se promener, pas pour y consommer.

Il est temps de remettre les choses à l’endroit. La voiture n’est pas l’ennemie. Elle est un outil. Un outil à encadrer, à moderniser, mais pas à bannir. Supprimer la voiture des centres-villes, c’est croire qu’on peut imposer un mode de vie unique, standardisé, idéologique. Or les villes vivantes sont justement celles qui savent mêler les usages, faire cohabiter les modes de transport, laisser place à la souplesse et à l’adaptation.

À l’inverse, les villes qui s’enferment dans le dogme de la décarbonation intégrale à court terme deviennent des musées à ciel ouvert, vidés de leur dynamisme, de leur diversité, et de leur vitalité économique. Et bientôt, peut-être, de leurs habitants.

Alors, avant d’inventer la “ville sans voiture”, prenons le temps de sauver la ville avec commerces. Et surtout, la ville avec du bon sens.


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