Ils ont dit non à la souveraineté énergétique : chronique d’un sabotage politique

Le 27 juin, dans un hémicycle clairsemé, la France a laissé passer une chance. Une chance rare, précieuse, attendue. Celle de redéfinir son avenir énergétique à travers une proposition de loi courageuse, structurée, patriote, portée par le sénateur LR Daniel Gremillet et fortement amendée par les députés du Rassemblement National. Ce texte, qui visait à geler les projets éoliens, relancer le nucléaire et sortir du marché européen de l’électricité, a été rejeté. Non pas pour des raisons techniques. Non pas parce qu’il était mauvais. Mais parce qu’il était porté par les “mauvais”. Parce qu’il dérangeait. Parce qu’il remettait en cause les dogmes.

Ce rejet, voté par la majorité présidentielle, la gauche et les écologistes, avec la complicité passive d’une droite absente, est plus qu’un simple événement parlementaire. C’est un révélateur brutal d’une classe politique incapable de penser l’intérêt national autrement qu’à travers les filtres idéologiques de Bruxelles ou les injonctions climatiques caricaturales. Un sabotage assumé, contre l’évidence technique, contre les intérêts des Français, contre le bon sens.

Une loi techniquement solide, politiquement décisive

Le texte Gremillet n’était pas un manifeste. C’était un plan. Articulé autour de trois piliers simples, lisibles et, surtout, efficaces.

Premier pilier : le gel immédiat des projets éoliens terrestres. Alors que plus de 60 % des Français rejettent aujourd’hui ces installations, qui défigurent les paysages, tuent le tourisme local et provoquent des troubles sanitaires reconnus, le texte proposait une pause pour évaluer leur utilité réelle. Dans un pays déjà doté d’un mix décarboné à 90 %, l’éolien sature le réseau sans garantie de production fiable. C’est une énergie intermittente, subventionnée, techniquement dépendante d’un adossement au gaz ou au nucléaire. L’Allemagne, qui s’est précipitée dans cette voie, en paie aujourd’hui le prix fort : charbon, importations massives et explosion des factures. La France aurait pu tirer les leçons. Elle a préféré détourner les yeux.

Deuxième pilier : la relance massive de la filière nucléaire. Alors que le monde redécouvre l’atout inégalé de cette énergie pilotable, décarbonée, compétitive, la France traîne. L’arrêt de Fessenheim, les retards d’EPR, l’exode des compétences… tout cela aurait pu être corrigé par une volonté politique claire. Le texte proposait de sanctuariser l’investissement dans le nucléaire, d’accélérer la construction de nouveaux réacteurs, de restaurer notre souveraineté technologique. C’était une déclaration d’indépendance énergétique.

Troisième pilier : la sortie du marché européen de l’électricité. Un système absurde, dénoncé par des experts indépendants et même, désormais, par Bruxelles elle-même. En alignant le prix de toute l’électricité sur le coût de la dernière unité produite – souvent la plus chère, et généralement issue du gaz – ce marché punit les pays vertueux. La France, avec son électricité nucléaire à 60 €/MWh, se retrouve à vendre à prix cassé, puis à racheter à prix fort. Résultat : des factures délirantes, des entreprises sous perfusion, une perte sèche de compétitivité. Le texte Gremillet proposait de reprendre la main. Il a été enterré.

Une opposition guidée non par la raison, mais par le réflexe partisan

Les débats n’ont pas porté sur le fond. Aucun député de la majorité n’a sérieusement réfuté les chiffres. Aucun écologiste n’a contredit les bilans carbone. Aucun socialiste n’a osé défendre l’efficacité économique du système actuel. Ils n’ont pas combattu un programme, ils ont combattu une signature. Parce que ce texte était soutenu par le Rassemblement National, il fallait qu’il soit rejeté. C’est ainsi que fonctionne une certaine caste politique, plus préoccupée par son entre-soi que par la réalité des faits.

Chez Renaissance, la ligne est claire : priorité à l’agenda européen, quitte à ruiner les spécificités françaises. Les députés macronistes, emmenés par Sylvain Maillard, ont défendu jusqu’à l’absurde un marché de l’énergie qu’ils savent injuste et inefficace. Le discours était technocratique, détaché, hors-sol. L’intérêt général n’y figurait pas.

Chez les écologistes, l’opposition était plus caricaturale encore. Mathilde Panot (LFI) a dénoncé un « retour en arrière dangereux », accusant le texte de vouloir « imposer le nucléaire aux Français ». Elle oublie, ou feint d’oublier, que 72 % de l’électricité française vient du nucléaire, que cette filière sauve chaque année des millions de tonnes de CO₂, et qu’aucune alternative crédible n’est aujourd’hui capable de le remplacer à coût raisonnable.

Le Parti socialiste, par la voix de Boris Vallaud, a réitéré son attachement à « une Europe solidaire de l’énergie ». Même si cette solidarité consiste à faire exploser les prix et à fragiliser l’industrie nationale. On ne réforme pas ce qui ne marche pas. On s’y attache.

Les Républicains : la grande évasion

Mais le plus frappant reste l’attitude des Républicains. Une majorité d’entre eux, pourtant historiquement favorables au nucléaire et à la souveraineté énergétique, ont tout simplement fui le vote. Ni oui, ni non. Juste absents. Pas de prise de parole forte. Pas de position assumée. Le silence comme ligne de conduite. Une droite d’ombre, incapable de se positionner sur un texte fondamental. Aurélien Pradié, pourtant omniprésent sur les réseaux sociaux, n’a pas jugé utile d’assumer un vote sur l’avenir énergétique du pays. Ce genre d’attitude n’est pas de la prudence. C’est de la lâcheté.

Ce qu’ils ont refusé aux Français

En rejetant cette loi, les députés ont sciemment refusé aux Français plusieurs avancées majeures.

Ils ont refusé des factures plus justes, en maintenant un système de fixation des prix absurde, aligné sur les pics de marché, plutôt que sur notre coût réel de production. Ils ont refusé la protection de nos paysages et de nos territoires, en continuant à encourager des installations éoliennes contestées, subventionnées, peu productives. Ils ont refusé l’investissement massif dans une filière d’avenir – le nucléaire – qui pourrait générer des milliers d’emplois qualifiés et relancer l’indépendance technologique du pays. Ils ont refusé la souveraineté énergétique, au moment même où la géopolitique nous rappelle à quel point elle est vitale.

Et surtout, ils ont refusé le débat de fond. Ils ont préféré la caricature à la confrontation d’idées. L’idéologie à la stratégie. Le sectarisme à l’intérêt national.

Une bataille perdue, mais pas la guerre

La loi Gremillet, bien qu’ayant été rejetée par l’Assemblée, n’est pas morte. Elle peut revenir au Sénat dès juillet. Et si elle y est à nouveau adoptée, elle pourrait être représentée. Ce serait l’occasion pour les députés d’assumer – enfin – leurs responsabilités. Et pour les citoyens de les y obliger.

Les enjeux ne sont pas secondaires. Ils sont vitaux. Le coût de l’énergie n’est pas une variable d’ajustement : il conditionne l’emploi industriel, le pouvoir d’achat, la compétitivité, la sécurité même de notre pays. Le nucléaire n’est pas une marotte technocratique : c’est une filière stratégique, unique en Europe. La dépendance énergétique n’est pas un détail : c’est une menace.

La France dispose encore d’atouts extraordinaires. Mais elle ne pourra les préserver que si ceux qui la gouvernent regardent la réalité en face. En juin, ils ont détourné le regard. En juillet, ils n’auront plus cette excuse.

Le peuple saura s’en souvenir

Ce vote est un révélateur. Il montre qui, dans l’hémicycle, est prêt à défendre les intérêts concrets de la France. Et qui préfère le confort des mots creux aux exigences du réel. La souveraineté énergétique n’est ni de droite, ni de gauche. Elle est une condition de survie.

Ceux qui l’ont refusée devront répondre de leur choix.

Car la démocratie, elle, n’oublie pas.


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