Macronie : l’écologie punitive derrière le vernis du progrès

Emmanuel Macron a promis une écologie « de progrès » et « non punitive ». Pourtant, des ZFE aux normes agricoles, en passant par une planification écologique dévitalisée, les mesures prises sous sa présidence révèlent une autre réalité : autoritaire, technocratique, souvent imposée sans débat. Entre storytelling présidentiel, injonctions contradictoires et rejet croissant dans les territoires, la Macronie se heurte à l’échec d’une écologie qui se voulait rassembleuse et qui finit isolée.

La promesse initiale était séduisante. Emmanuel Macron avait choisi de faire de la transition écologique une priorité stratégique. Après la démission de Nicolas Hulot en 2018, un électrochoc s’empare de l’Élysée : il faut montrer que la France agit, qu’elle innove, qu’elle respecte ses engagements climatiques. Le président crée alors un Haut Conseil pour le Climat, lance la Convention citoyenne pour le climat, puis annonce une planification écologique inédite. Un projet d’ampleur. Sur le papier.

À l’international, il endosse le rôle du chef d’État visionnaire. Il critique Donald Trump, se rend à la COP24, s’engage pour la neutralité carbone à l’horizon 2050. « Make our planet great again » devient le mantra officiel. Le président soigne son image d’écolo réformateur, pro-nucléaire, europhile. L’écologie est politique, mais aussi géopolitique. Elle devient un levier de diplomatie, de soft power, d’influence.

Mais pendant ce temps-là, sur le territoire français, les premières fractures apparaissent.

Les Zones à Faibles Émissions (ZFE), imposées par la loi LOM de 2019, vont rapidement cristalliser les tensions. Présentées comme des mesures sanitaires pour protéger les populations urbaines, elles interdisent progressivement les véhicules anciens dans 43 grandes agglomérations. Sauf que ces véhicules sont aussi ceux des classes populaires, des artisans, des travailleurs précaires. À Marseille, Lille, Lyon, les témoignages affluent : des Français voient leur mobilité entravée, leur véhicule menacé d’amende, leur quotidien bouleversé. Et aucune alternative réaliste ne leur est proposée.

Dans les banlieues, la colère monte. Comment se rendre au travail quand les transports sont saturés ou inexistants ? Comment accepter que des normes décidées à Paris ou Bruxelles dictent la vie des habitants de la périphérie ? En 2023, la grogne devient visible : associations, collectifs citoyens, élus locaux, tous dénoncent une écologie « contre le peuple ».

Face à cela, le gouvernement réagit par le haut. Il promet des aides à la conversion, parle d’accompagnement, crée des simulateurs d’éligibilité. Mais la réalité persiste : les ZFE restent un symbole de rupture entre une élite urbaine convaincue et des Français enracinés dans le réel. D’autant que l’État ne finance que très partiellement les dispositifs d’aide : le reste repose sur les collectivités. Résultat : la mise en œuvre est inégalitaire, opaque, brutale.

Le cas des agriculteurs est encore plus révélateur. En 2024, les mobilisations paysannes embrasent la France. Les revendications sont multiples — revenus, normes, importations — mais une ligne se dessine : la France rurale rejette une écologie technocratique, déconnectée, bureaucratique. Le plan Écophyto, visant à réduire de 50 % l’usage des pesticides, est vécu comme une mise en accusation. Les normes sur les jachères, la transition énergétique des exploitations, les contraintes liées à la PAC verte, deviennent insupportables pour une profession déjà en crise.

Le gouvernement recule. Écophyto est suspendu. La planification est « adaptée ». Emmanuel Macron tente de reprendre la main : il oppose une « écologie des solutions » à une « écologie des interdits », fustige « l’écologie punitive », dénonce même les « Amish verts ». Le discours se durcit. Mais cette volte-face sème le trouble. Car ce sont les mêmes responsables qui, quelques mois plus tôt, vantaient la sobriété, le rationnement énergétique, la fin de l’abondance.

Le secrétaire général à la planification écologique, Antoine Pellion, est affaibli. Son rôle devient flou. La planification, pourtant annoncée comme l’axe stratégique du second quinquennat, est vidée de sa substance. Les arbitrages ne sont plus faits dans une logique systémique, mais au gré des crises : recul sur l’éolien, gel des taxes carbone, abandon progressif des contraintes sur les flottes automobiles de l’État. L’ambition devient gestion. Le volontarisme se mue en improvisation.

Dans les territoires, l’incompréhension est totale. Les maires, notamment dans les zones rurales, dénoncent le flou des consignes, l’absence de concertation, la déconnexion totale des objectifs fixés depuis Paris. Les élus franciliens pointent l’absurdité de l’application des ZFE à des communes sans transports. Les citoyens, eux, oscillent entre lassitude et exaspération.

La Convention citoyenne pour le climat, pourtant saluée à sa création, n’a laissé que rancœur. La promesse d’appliquer « sans filtre » les propositions des citoyens a été trahie, selon plusieurs participants. Seules quelques mesures ont été retenues, parfois édulcorées. Le rapport au pouvoir s’en est trouvé dégradé : les citoyens tirés au sort ont eu le sentiment d’avoir été instrumentalisés. La démocratie participative promise par la Macronie a accouché d’un gadget.

Les entreprises, elles aussi, peinent à suivre. Les annonces gouvernementales se multiplient, mais sans cadre stable. La décarbonation industrielle est évoquée, mais les incitations sont faibles, les aides floues, la fiscalité incertaine. Les filières automobiles, logistiques, aéronautiques doivent s’adapter à des normes mouvantes. La transition devient un casse-tête.

Le discours présidentiel reste pourtant soigné. Emmanuel Macron continue de parler d’« écologie responsable », d’« innovation », de « planification verte ». Il se rend dans les usines, valorise les batteries, l’hydrogène, les SMR (petits réacteurs modulaires). Il communique. Mais sur le fond, l’écart entre parole et action grandit. Et l’électorat ne s’y trompe pas.

Lors des européennes de 2024, la liste macroniste chute lourdement. Les classes moyennes, les artisans, les indépendants ont déserté. Le vote sanction est net. Les Français rejettent cette écologie verticale, descendante, qui impose sans expliquer, qui réforme sans écouter.

Même dans les rangs de la majorité, certains députés s’interrogent. Des voix comme celle de Barbara Pompili, ex-ministre de l’Écologie, alertent sur la perte de sens de la transition. Des élus Renaissance s’inquiètent du virage sécuritaire de l’exécutif et de l’abandon de la concertation sur les enjeux environnementaux. Mais l’Élysée tient bon : la ligne reste jupitérienne, verticale, sans contre-pouvoirs internes.

Aujourd’hui, l’écologie macroniste apparaît comme un objet politique hybride : technocratique dans sa méthode, libérale dans ses financements, autoritaire dans son déploiement, confuse dans ses priorités. Elle combine des objectifs climatiques affirmés, des outils réglementaires lourds, et un désengagement progressif de l’État sur les leviers sociaux. Une écologie de marché, sous habillage participatif.

Le problème, c’est que cette écologie ne convainc plus. Ni les convaincus, qui la jugent molle, ni les sceptiques, qui la trouvent intrusive. Elle échoue à rassembler, à inspirer, à incarner. Et dans un pays fracturé, où la mobilité, l’habitat, le chauffage, l’alimentation deviennent des sujets explosifs, une telle écologie ne peut que susciter résistance, méfiance et rejet.

Loin de la promesse d’un « progrès partagé », la Macronie a produit une écologie punitive, instable et mal acceptée. Un modèle dont les limites sont désormais visibles, et dont les conséquences électorales pourraient se faire sentir durablement.


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