Stellantis freine des quatre roues : la transition électrique à marche forcée se heurte à la réalité

Le géant automobile Stellantis vient d’annoncer un ralentissement de sa stratégie 100 % électrique en Europe. Derrière cette décision se cache un constat implacable : le tout-électrique voulu par Bruxelles ne tient ni économiquement, ni industriellement, ni géopolitiquement. Enquête sur une fuite en avant réglementaire, où la politique prime sur le bon sens industriel.
Une ambition imposée, pas choisie
Stellantis n’est pas un constructeur régional. Avec 14 marques emblématiques et une présence mondiale, le groupe franco-italo-américain vend des millions de véhicules dans plus de 130 pays. Et pourtant, c’est bien en Europe — où il réalise moins de 20 % de ses ventes — que pèse l’exigence la plus extrême : l’interdiction des moteurs thermiques neufs dès 2035.
Conformément aux décisions de la Commission européenne, tous les véhicules particuliers devront être zéro émission à cette échéance. Mais ailleurs dans le monde, aucune législation aussi contraignante n’existe. Aux États-Unis, en Chine, en Inde ou en Afrique, l’hybride, l’essence et le diesel dominent toujours le marché. Pourquoi, dès lors, Stellantis s’astreindrait-il à une révolution technologique coûteuse et prématurée, pour satisfaire une seule région du globe ?
Le marché électrique en panne de courant
Au moment où l’Union européenne accélère, les consommateurs, eux, freinent. En Allemagne, les ventes de voitures électriques ont chuté de près de 15 % depuis la suppression des subventions fédérales. En France, malgré le maintien d’un bonus écologique, la dynamique ralentit, freinée par la hausse des prix, l’inquiétude sur l’autonomie, et l’inégalité d’accès aux bornes de recharge.
Stellantis n’échappe pas à la tendance : les stocks de modèles électriques s’accumulent, et les distributeurs tirent la sonnette d’alarme. Le groupe avait prévu d’atteindre 100 % de ventes électriques en Europe dès 2030. Il revoit désormais cette ambition à la baisse, ou du moins, à un rythme plus réaliste.
Des plateformes flexibles, une stratégie agile
La réponse de Stellantis à cette impasse réglementaire est claire : ne pas mettre tous ses œufs dans le panier électrique. Le groupe investit dans des plateformes multiformats (comme la STLA), capables de produire des véhicules thermiques, hybrides ou 100 % électriques selon les besoins des marchés. Il multiplie aussi les alliances stratégiques, comme celle avec le chinois Leapmotor, pour produire des véhicules urbains électriques à bas coût.
Carlos Tavares, le patron de Stellantis, est l’un des seuls dirigeants de l’automobile à oser critiquer frontalement la ligne bruxelloise. Pour lui, la transition écologique ne doit pas devenir un suicide industriel européen. Il alerte sur les risques de désindustrialisation, de dépendance stratégique vis-à-vis de la Chine (notamment pour les batteries), et de rupture sociale dans les territoires ouvriers.
Le tout-électrique, une illusion industrielle ?
Derrière la rhétorique verte, les chiffres font mal. Un moteur électrique contient 6 fois moins de pièces qu’un moteur thermique. La transition vers l’électrique pourrait entraîner la destruction de centaines de milliers d’emplois industriels en Europe. Or, Stellantis, avec ses nombreuses usines en France, Italie, Espagne et Allemagne, est en première ligne.
S’ajoute à cela un défi technologique colossal. Pour alimenter massivement des voitures électriques, il faut :
des réseaux électriques fiables et largement dimensionnés ; une production massive d’électricité bas-carbone (ce qui est loin d’être garanti en Allemagne) ; des matières premières rares et chères (lithium, cobalt, nickel), dont l’extraction est concentrée dans quelques pays instables ou peu respectueux des droits humains.
L’Europe s’impose des règles que les autres ignorent
Pendant que l’Union européenne réglemente à outrance, les autres puissances avancent à leur rythme. La Chine, championne incontestée du véhicule électrique, subventionne massivement ses fabricants tout en maintenant la vente de véhicules thermiques. Les États-Unis, malgré leurs discours sur le climat, investissent encore dans l’hybride, voire dans les biocarburants. Quant à l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud-Est, elles n’ont tout simplement pas les infrastructures pour basculer à l’électrique.
Stellantis, en tant que groupe mondial, est donc confronté à une schizophrénie stratégique : produire des voitures pour des marchés thermiques, tout en répondant à l’obsession verte européenne. Une équation intenable, à moins de segmenter les lignes de production, au prix de la rentabilité et de la cohérence industrielle.
La menace chinoise grandit
À cela s’ajoute un danger majeur : la montée en puissance des constructeurs chinois, comme BYD ou Nio. Ceux-ci bénéficient :
de subventions massives de Pékin, de coûts de production très faibles, et d’un accès facilité au marché européen via des accords commerciaux.
Résultat : des véhicules électriques à prix cassés, que Stellantis, Renault ou Volkswagen peinent à concurrencer. Le paradoxe est cruel : l’Europe pousse ses champions à basculer vers l’électrique, tout en ouvrant la porte à une concurrence étrangère qui va les écraser. Stellantis, à l’instar de Renault ou Volkswagen, réclame donc des mesures de protection, voire une révision des calendriers imposés.
Vers une stratégie différenciée ?
Stellantis amorce donc un virage stratégique prudent. S’il maintient un cap électrique de façade pour ne pas heurter Bruxelles, il multiplie les signaux contraires :
Fermeture de certaines usines européennes jugées non rentables, Réorientation de certains modèles vers des marchés thermiques, Demande ouverte d’un report du durcissement des normes CO₂ prévu en 2025.
Cette stratégie d’adaptation souple vise à gagner du temps, tout en évitant de se retrouver piégé par un virage technologique prématuré.
Conclusion : la fin d’un dogme ?
En annonçant le report de ses objectifs 100 % électriques, Stellantis ne fait que mettre en lumière l’échec du modèle européen actuel. Trop idéologique, trop rapide, trop solitaire. La transition écologique ne peut pas reposer uniquement sur la contrainte réglementaire, au risque d’aboutir à une impasse économique et industrielle.
Il ne s’agit pas de renoncer à la mobilité durable, mais de reprendre la main sur le tempo, en intégrant la réalité des marchés, les contraintes technologiques, et la nécessité de souveraineté. Stellantis sonne ici une alerte salutaire : la route vers le tout-électrique est semée d’embûches, et l’aveuglement politique peut coûter cher. Très cher.
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