Fisker : l’effondrement prévisible d’un mirage électrique
Par Guy de Lussigny

Ils promettaient une révolution verte, un SUV high-tech, une nouvelle ère automobile. À la place, les clients français se retrouvent avec des voitures sans assistance, sans pièces détachées, et parfois même sommés de les rendre. Le naufrage de Fisker, start-up américaine de la voiture électrique, incarne tout ce qu’il ne faut pas faire dans l’industrie. Et révèle une fois de plus que le rêve californien ne suffit pas à bâtir une marque viable.
Une stratégie sans boussole
Dès le départ, Fisker souffre d’un positionnement bancal. Le constructeur veut concurrencer Tesla, tout en chassant sur les terres premium d’Audi ou Volvo. Résultat : un SUV Ocean affiché à plus de 40 000 euros, avec des finitions jugées médiocres, un logiciel truffé de bugs, et un SAV inexistant. Pire : le constructeur refuse d’ouvrir un réseau de concessions, pariant sur un modèle 100 % digital dans un pays – la France – où l’on préfère encore parler à un garagiste qu’à un chatbot.
Industrialisation : une dépendance mortelle
Fisker ne possède aucune usine. Il sous-traite toute la production à Magna Steyr, en Autriche. Une stratégie à haut risque, qui multiplie les coûts et allonge les délais. Dès les premières pannes de trésorerie, c’est l’ensemble du système qui se grippe. Retards de production, pièces indisponibles, livraison erratique. Les clients, eux, n’ont que leurs yeux pour pleurer — ou pour tenter de réparer seuls un véhicule sans schéma électrique ni hotline.
Une start-up qui brûle des milliards
Malgré une introduction en bourse tapageuse via une SPAC, Fisker s’effondre sous le poids de ses promesses. Un milliard de dollars de pertes en 2023, et toujours aucun plan crédible pour atteindre la rentabilité. La trésorerie fond à vue d’œil. Les investisseurs fuient. Le cours s’écroule. La marque continue pourtant de teaser de futurs modèles — un pick-up, un coupé GT, un SUV urbain — qui n’existeront jamais. Bluff désespéré ou cynisme financier ?
Une concurrence écrasante
Face à Fisker, le rouleau compresseur chinois. BYD, MG, Nio… Les marques asiatiques inondent le marché européen avec des modèles plus fiables, mieux finis, et souvent moins chers. Tesla, de son côté, consolide son avance technologique. Dans ce contexte, Fisker n’a ni l’envergure, ni l’image, ni la base client pour survivre. Elle fait face à un écosystème impitoyable, où la moindre erreur coûte très cher. Et Fisker a cumulé toutes les erreurs.
En France, une débâcle à huis clos
165 véhicules Fisker Ocean ont été livrés en France. C’est peu… mais c’est trop pour les clients concernés. Privés de support, sans pièces, sans garantie, certains propriétaires se voient contraints de restituer leur voiture. Agilauto, filiale du Crédit Agricole, a proposé une reprise sans frais pour ses clients en LOA. Mais les autres sont livrés à eux-mêmes. Une association, la Fisker Owners Association France, tente tant bien que mal de coordonner la survie des véhicules. On s’échange des pièces. On bricole. On s’entraide. En 2025, l’innovation, c’est le système D.
Le rêve californien, encore une fois fracassé
Henrik Fisker n’en est pas à son premier échec. En 2013, sa précédente entreprise — Fisker Automotive — avait déjà sombré. Cette fois, le récit était bien rodé : SUV écolo, matériaux recyclés, design futuriste. Mais les belles paroles ne font pas un modèle d’affaires. Fisker n’a pas compris l’Europe, n’a pas respecté ses clients, et a confondu storytelling et viabilité. Une start-up de la Silicon Valley ne devient pas constructeur mondial par magie.
Une leçon pour les autres
L’échec de Fisker doit servir d’avertissement. Dans un marché électrique en pleine mutation, la crédibilité, la fiabilité et la rigueur industrielle priment sur les effets d’annonce. Le client n’achète pas un rêve, il achète un véhicule. Et il exige plus qu’un bel écran tactile et un slogan écolo. Fisker n’a pas su l’entendre. Il en paie le prix fort.
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